[BLOG] Psychologie appliquée & performances sportives

 

La relation entre les domaines du sport et de la psychologie est fascinante. D’un côté, la force brute ou technique déployée lors d’accomplissements physiques semble à mille lieues de toute influence psychologisante. De l’autre, aucun doute ne subsiste sur l’importance du mental dans la réalisation d’exploits obtenus dans des conditions extrêmes, que ce soit pour le footballeur frappant le tir au but victorieux devant les yeux de milliers de spectateurs, le rugbyman s’essayant à une pénalité décisive à la 81ème minute, ou le coureur sur le point de boucler son marathon en moins de 2h30. Convaincus qu’une énergie mentale dissimulée puisse se révéler un formidable accélérateur de performance, certains sportifs professionnels s’attachent les services d’un coach mental. Cette manière d’aborder la problématique de la psychologie dans le sport fait écho à la tendance actuelle d’accompagnement et d’aide psychologique qui nous permettrait d’affronter plus volontairement et plus efficacement une société toujours plus compétitive.

 

La question de l’intérêt et de l’efficacité d’une telle approche de développement personnel n’a d’égal que la croissance exponentielle des vocations de coach mental. Des exemples notables viennent relativiser la pertinence de cette approche. Le cas de l’athlète Christine Arron par exemple est significatif. La coureuse du 100 mètres s’était attachée les services de la psychothérapeute Fanny Didiot-Abadi dans l’optique des JO d’Athènes en 2004, avec l’aval implicite de la fédération française d’athlétisme. Ce partenariat s’est terminé avec perte et fracas avec une élimination en demi-finale, assortie de déclarations de l’athlète sur la duperie dont elle se sentait avoir été victime. Cette exemple est assez significatif des liens tumultueux entre les milieux de la psychologie et du sport. Certains sportifs peuvent trouver dans un accompagnement psychologique, à l’instar de n’importe quelle personne, un élan salvateur et une source d’amélioration de la performance. D’autres y voient le danger d’une distraction des objectifs fixés et d’un gâchis potentiel d’années de sacrifices et de labeur : « mon poulain est fragile, je le préserve du monde extérieur ! ».

 

Sans mésestimer l’intérêt de l’approche de développement personnel, cette mode contribue malheureusement aussi à éclipser l’apport des découvertes scientifiques de la psychologie expérimentale pour le milieu du sport. L’approche expérimentale de la psychologie a pour principal intérêt d’offrir des techniques scientifiquement éprouvées d’amélioration de la performance sportive. C’est en cela qu’elle constitue une perspective psycho-sportive crédible, fiable et transparente qui diffère de la mission d’un coach mental. Pour ne citer que quelques exemples, il a été démontré que la performance dans une tâche sportive était meilleure lorsque l’athlète était informé que d’autres athlètes réussissaient bien à cette tâche, ou lorsqu’une illusion d’optique faisait apparaître la tâche plus facile.

 

figure1

Figure 1

 

La publication que je vous présente ici montre comment améliorer la performance sportive d’un athlète en jouant sur la perception qu’il a de sa propre compétence dans la tâche. Cette étude a été conduite par l’équipe de Gabriele Wulf de l’Université du Nevada à Las Vegas et vient d’être publiée dans la revue Psychology of Sport & Exercise. Les auteurs ont ainsi proposé à des participants novices de s’essayer au golf. Le dispositif expérimental consistait en un mini-green synthétique dont la cible n’était pas un trou mais un carré blanc de 2×2 cm. L’objectif des participants étaient tout simplement de putter une balle de golf à l’aide d’un club en visant la cible à une distance de 150 cm. Les participants étaient séparés en deux groupes. Dans le premier, un cercle blanc de 14 cm. de diamètre entourait la cible alors que dans le second le diamètre du cercle n’était que de 7 cm (voir figure 1). « L’intervention psychologique », cruciale, est celle-ci : dans chacun des groupes les participants étaient informés qu’un putt finissant à l’intérieur du cercle était considéré comme un bon putt. Chaque participant réalisa 5×10 putt d’entrainement avec les cercles présents. Le lendemain de cet entrainement, les participants effectuèrent 12 putts sans les cercles (test de rétention) et 12 putt toujours sans les cercles et à une distance de 180 cm de la cible (test de transfert). La performance des participants étaient évaluées via la distance entre la balle de golf et la cible après le putt.

 

Les résultats, illustrés en figure 2, sont édifiants. La performance des deux groupes de participants (variable de l’axe des ordonnées sur la figure 2) ne différait pas en amont de l’entrainement (pré-test sur la figure 2). Par contre, lors de l’entrainement avec les cercles blancs, le groupe du cercle de plus grand diamètre réussissait un bon putt dans 22% des cas, contre 7.9% pour le groupe du cercle de plus petit diamètre. Ce résultat était attendu car il est plus facile d’atteindre un cercle de plus grand diamètre. Toutefois, ce qui suit est surprenant : les participants du groupe du cercle de plus grand diamètre réussissaient des putts significativement plus près de la cible que ceux du groupe du cercle de petit diamètre. Il semble donc qu’un retour plus positif sur sa performance ainsi qu’un objectif de performance plus facilement réalisable améliore la performance absolue des participants !

 

 

Les résultats des tests de rétention et de transfert réalisés le lendemain et sans les cercles blancs sont tout aussi bluffant. Les participants s’étant entrainés la veille avec le cercle de plus grand diamètre réussissaient des putt significativement plus proches de la cible que les participants s’étant entrainés avec le cercle de plus petit diamètre (test de rétention) (figure 2). La même différence de performance était observée lorsque les participants puttaient à une distance de 180 cm. (test de transfert).

 

Ces résultats vont à l’encontre du sens commun prédisant que les athlètes devraient se fixer des objectifs toujours plus élevés pour augmenter leurs performances. L’étude décrite ci-dessus démontre en fait que des objectifs d’entrainement plus facilement réalisables sont plus à même d’améliorer les performances sportives. Les mécanismes psychologiques impliqués dans ce phénomène pourraient être liés à la perception de ses propres compétences. Une perception plus positive de ses propres compétences conduirait à une prise en charge plus autonome des systèmes moteurs et ainsi à une meilleure performance. Encore plus intéressant, ces résultats montrent que cette technique d’entrainement peut influencer les performances dans le temps (test de rétention) et lorsque les conditions de la tâche varient (test de transfert)

 

Une approche de psychologie expérimentale de la performance peut donc fournir des pistes innovantes et efficaces pour l’amélioration des performances des athlètes et la re-structuration des stratégies d’entrainement dans de nombreuses activités sportives. L’étude décrite ci-dessus nous apprend que la poursuite d’objectifs plus accessibles a un impact plus positif sur l’amélioration des performances que des objectifs moins facilement réalisables.

 

 

Référence : Palmer et al. (2016) Enhanced expectancies facilitate golf putting. Psychology of Sport & Exercise 22:229-232.

 

 

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