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[BLOG] Comment promouvoir et améliorer le recyclage des déchets

La psychologie appliquée offre des perspectives nombreuses et d’une efficacité avérée afin de promouvoir et favoriser l’adoption de certains comportements. Les domaines de la santé et de l’environnement en sont des cibles privilégiées. Par exemple, de nombreuses études se sont attachées à identifier les facteurs incitant chaque citoyen à plus recycler ses déchets et à mieux les trier. La plupart de ces études ne se sont toutefois basées que sur des questionnaires et il existe peu de données quantitatives sur le tri réel des déchets.

 

Borås

Borås

C’est justement sur l’estimation des habitudes de recyclage et de tri des déchets que s’est focalisée l’étude commentée aujourd’hui. Ces travaux ont été réalisés par une équipe de recherche suédoise de Borås, une petite ville du sud-ouest de la Suède, et publiés il y a quelques mois dans la revue Waste Management. Avant de décrire les méthodes utilisées par les auteurs et les résultats obtenus, quelques faits : selon l’association suédoise pour le recyclage des déchets, le taux de recyclage en 2013 était de 33%, ce qui peut paraître étonnamment faible pour un pays qui possède une image pro-environnementale forte. Pour comparaison, le taux de recyclage de l’ensemble des déchets en France en 2010 était de 60% (source : Service de l’observation et des statistiques du ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie). La ville de Borås a mis en place un système de tri individuel des déchets ménagers il y a plus de 20 ans. Celui-ci consiste en des points de collecte à des endroits précis dans la ville où les citoyens peuvent amener cartons, journaux, verre, ampoules, batteries, huile etc… De plus, chaque foyer dispose de deux poubelles noire et blanche pour, respectivement, les déchets alimentaires principalement et les déchets non-recyclables. Le défi auquel font face les auteurs de l’étude est que, suite à un changement de technique de recyclage apparu il y a 10 ans, certains déchets non-alimentaires (comme les couches pour bébés) doivent désormais être placés dans les poubelles blanches au lieu des noires. Résultat : jusqu’à la réalisation de l’étude, 42% des déchets ne terminaient pas dans la poubelle appropriée…

 

Le but de l’étude a ainsi été de tester l’efficacité de deux sources potentielles d’amélioration du recyclage et du tri des déchets au niveau individuel. La première consiste à disposer un point de collecte des déchets ménagers à très forte proximité (50 mètres au lieu de 2 kilomètres) d’un groupe expérimental de foyers (208 précisément). La seconde est de distribuer de nouvelles poubelles noires et blanches portant les indications de tri actualisées à ces mêmes foyers (voir figure 2). Le taux de recyclage ainsi que le taux d’erreur de tri furent évalués par les auteurs en analysant directement et scrupuleusement la quantité et le type de déchets générés. Ces analyses furent conduites à deux ans d’intervalle : avant et après l’intervention expérimentale. Enfin, les résultats obtenus furent comparés à des foyers d’un groupe contrôle n’ayant fait l’objet d’aucune des interventions décrites ci-dessus.

 

figure 2

Figure 2

 

Les résultats de ces interventions sont équivoques : le pourcentage de déchets alimentaires jetés correctement dans la poubelle noire passa de 71% à 81% (voir figure 3 : la quantité de nourriture jetée avant l’intervention est en hachures, la quantité jetée après l’intervention en noir. Area of study désigne le groupe expérimental où a eu lieu l’intervention. Reference area désigne le groupe contrôle n’ayant fait l’objet d’aucune intervention). Le taux de couches pour bébés inopportunément jetées dans la poubelle noire diminua de 70% (voir figure 4). Enfin, le pourcentage de déchets jetés dans une poubelle inappropriée au point de collecte disposé à plus forte proximité des foyers diminua de 55% à 39%. Ces changements n’ont pas été observés dans les foyers du groupe contrôle n’ayant fait l’objet d’aucune intervention particulière.

 

figure 3

Figure 3

Ces résultats sont remarquables pour plusieurs raisons. D’abord ils montrent de manière expérimentale que les comportements de tri des déchets peuvent être favorisés par des mesures simples et rapides, ici l’installation de point de collectes plus proches et des informations sur la nature du tri à effectuer placées directement sur les poubelles ménagères. Étonnamment, la nature du tri à effectuer aux points de collecte n’ayant jamais changé, il semble qu’une distance plus proche du point de collecte agisse comme un facilitateur poussant les citoyens à être plus précis dans leur tri et à faire moins d’erreur.

 

figure 4

Figure 4

Pour conclure, plusieurs techniques simples issues de la psychologie existent afin de favoriser le tri des déchets chez les citoyens (notamment des interventions de type « communication engageante »). Parmi celles-ci, un travail sur les facteurs environnementaux, comme le montre cette étude, peut s’avérer efficace. Ainsi, l’efficacité du tri des déchets augmente lorsque 1) le point de collecte des déchets ménagers est situé d’autant plus près des foyers, et 2) les informations sur la nature du tri sont clairement accessibles au moment même où le tri est effectué (ici sur les poubelles fournies aux citoyens). Nul doute que ces résultats peuvent offrir des données fiables, crédibles, et des éléments de décisions pertinents pour la mise en place de politiques publiques liées à l’environnement.

 

 

Référence : Rousta et al. (2015) Quantitative assessment of distance to collection point and improved sorting information on source separation of household waste. Waste Management 40:22.